Esprit livre

Meurtre en bord de mer I

5h45. Le jour se lève sur la côte royanaise. Vue du ciel la balade s’étend sur quatre kilomètres et remonte jusqu’à la plage de la grande côte sauvage. Entre Saint-Palais et Vaux sur Mer le sentier des douaniers, s’éveille sous les couleurs pastels du ciel. La plage du Platin en contre bas s’étire au gré des vagues. Ses rochers escarpés, façonnés depuis toujours par les mains de la nature – tantôt par la douceur de la brise marine tantôt par ses violents embruns- ressemblent à des géants de roche. Ce littoral doré inspire artistes, peintres et autres sculpteurs, et cela se comprend aisément. La quiétude du lieu associé au camaïeu de couleurs permet de laisser vagabonder son imaginaire. Au large le phare de Cordouan, rouge et blanc, surplombe la dune de sapins maritimes et de chênes verts. Selon les marées, l’océan rejette du bois flotté qui vient s’échouer sur le sable fin et tamisé. Avec le temps, le bois se ponce, se polit et se patine d’une couleur claire. Ces débris naturels ramènent avec eux, d’autres algues et coquillages qui viennent mourir sur le sol.

La douceur de l’air entre par les fenêtres. Les petits-déjeuners se servent en loggia, ou derrière les vérandas. Là où le soleil chauffe et réchauffe tout en réveillant les endormis encore en tenue de nuit, le tout avec douceur. Les odeurs de café chaud, de viennoiseries et autres plaisirs gustatifs activent papilles et narines. Une nouvelle journée printanière se prépare. C’est la plus belle saison de l’année finalement. Le temps est doux, les jours défilent vers la prochaine saison estivale. Les autochtones profitent encore d’une belle tranquillité avant l’arrivée massive des vacanciers.

6h30. Telle est la vie que mène Martin Duchêne depuis un an. Commissaire tout juste retraité du douzième arrondissement de Paris, au physique d’athlète, il aime prendre sa tasse de breuvage noir corsé en s’installant sur sa jolie terrasse en bois. Il rêvasse tout en admirant la vue que lui offre sa jolie maison, les reflets que projettent les doux rayons de l’astre naissant font scintiller l’eau de milles feux. Il ne se lasse pas de ce paysage à la beauté époustouflante. Le soleil balaie doucement les jolies villas d’époque. Il aime cette nouvelle vie au grand air, et se sent revigorer. Là dans son petit bout du monde, rien n’est pareil, tout est force de la nature et sérénité, rien à voir avec son ancienne vie de flic à cent à l’heure ! Prêt à lire son journal quotidien, il relève la tête et appelle son chien, Jasper, en train de farfouiller dans la haie délimitant sa parcelle de celle de ses voisins. Le berger allemand ne prête nullement attention à l’ordre de son maître, et se met à renifler de plus belle.

Entendant le chien japper, les sens aiguisés de Martin lui font rapidement prendre conscience que l’animal a flairé quelque chose. A contre cœur mais intrigué, il pose sa tasse et le rejoint. S’accroupissant près de lui, il écarte quelques branches et aperçoit une masse immobile sur la pelouse de la famille Marchand, absente en cette basse saison. Son esprit de policier reprend du service aussitôt. Il sait déjà qu’il s’agit du corps d’un homme. Il se redresse et rentre prévenir les autorités qui ne tardent pas à arriver sur les lieux.

7h15. La journée qui s’annonçait si belle et tranquille démarre finalement sur les chapeaux de roue. Un véritable balai de véhicules de la police débute dans l’allée de la Goëlette. Des voitures sont stationnées aux extrémités de la rue et des scellés sont installés sur la villa. Martin a pu ouvrir la propriété grâce au double de clés confié par George, son voisin. La fourgonnette du médecin légiste arrive sur les lieux. Les criminologues passent la scène au peigne fin, relèvent quelques empreintes ici et là. Le corps semble avoir été déposé sur la pelouse sans qu’il n’y ait de trace d’effraction du domicile. Seul un portillon d’accès côté sud de la parcelle est entrouvert.

8h. Martin rentre chez lui après avoir répondu à plusieurs questions d’usage. La procédure, il la connaît bien. Il doit rester disponible durant les heures à venir. Difficile pour lui de rester calme et insensible à l’enquête qui se déroule sous ses yeux dans le jardin voisin. Son instinct de flic ne l’a pas déserté. Tiraillé entre son esprit qui lui dicte comment procéder maintenant et sa conscience qui lui souffle qu’il n’est plus du métier, il s’impatiente. Pour s’occuper, il entreprend ses exercices quotidiens. Il débute les étirements, enchaîne avec des pompes et travaille enfin ses abdominaux. Conscient des effets positifs du sport sur son corps, il poursuit ses efforts ! Sa devise «Un esprit sain dans un corps sain !» a fait de lui un homme de terrain redoutable. Son mental et son pragmatisme l’ont conduit à la résolution de nombreuses enquêtes. Tout cela aux dépens de sa vie maritale qui elle, s’est effondrée. Seul avec ses idées, il le réalise encore plus aujourd’hui et s’en mord les doigts. Adèle lui manque terriblement. Elle est partie un matin avec ses valises et ne lui a laissé qu’un seul mot griffonné à la hâte « Je t’aime mais je pars ! Cette vie m’est insupportable !». Le divorce s’est réglé rapidement, il y a quinze ans déjà. Martin ne s’est pas battu, il s’est résigné et lui a donné tout ce qu’elle demandait, bien trop convaincu de sa part de responsabilité.

9h15. Le téléphone du salon sonne. Martin quitte son grand jardin peu arboré, et rentre prendre l’appel. Un bip résonne sur la ligne et on lui demande s’il accepte de prendre un appel en P.C.V, Martin valide, intrigué. La voix d’une femme au bout du fil. Fluette, paniquée, saccadée qu’il reconnaîtrait entre toutes : Adèle ! Elle parle rapidement :

« – Martin, écoute-moi, l’homme qui a été assassiné la nuit dernière et dont le corps est sur ta pelouse est un des malfrats que tu as arrêté lors de l’attaque de la place Vendôme, il m’a tabassée et menaçait de me tuer, il voulait ton adresse ! D’autres l’ont tué pour porter les soupçons sur toi ! Aide-moi s’il te plaît !»

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Meurtre en bord de mer II

18 December 2020