Esprit livre

Meurtre en bord de mer II

« – Martin, écoute-moi, l’homme qui a été assassiné la nuit dernière et dont le corps est sur ta pelouse est un des malfrats que tu as arrêté lors de l’attaque de la place Vendôme, il m’a tabassée et menaçait de me tuer, il voulait ton adresse ! D’autres l’ont tué pour porter les soupçons sur toi ! Aide-nous s’il te plaît !»

« -Non mais c’est mon portable, rend-le moi, que pensais-tu pouvoir faire sale conne ? »

 Violemment attrapée par les cheveux, Adèle est contrainte de lâcher le portable qu’elle avait pu subtiliser à un des malfrats. Après un rapide coup d’œil sur l’écran, il se rend compte qu’Adèle a passé un appel. Se retournant vers elle, il lui assène une gifle qui la laisse pantelante sur le matelas crasseux posé à même le sol. Enfermée depuis deux jours dans cette cave à l’odeur de champignons pourris, Adèle a heureusement réussi à communiquer avec Martin. Maintenant qu’il est prévenu, elle se sent un peu mieux, elle sait qu’il va tout faire pour l’aider et la sortir de ce calvaire ! Elle se recroqueville, grelottante, tellement seule et surtout sale. Habituée à soigner son allure, elle ressemble à une souillon en tenue de nuit et pieds nus. Elle sent l’urine et la sueur, ses cheveux bruns colorés, sont collés sur son front et ses tempes. Du haut de son mètre soixante, Adèle a toujours été plutôt menue avec de petites formes. Toutefois, habile et vive grâce à ses années de gymnastique, elle reste en forme et relativement souple pour une femme approchant la soixantaine. Bien sûr les désagréments de femme, les hormones chamboulées, les bouffées de chaleur dues à la ménopause lui ont fait perdre de sa superbe mais rien de bien grave !

Allongée, Adèle se refait le film des dernières heures, c’est bien au chaud chez elle, qu’elle avait été attaquée il y a trois nuits. S’apprêtant à se coucher, elle avait entendu du bruit dans la cuisine en rez-de-chaussée et était redescendue voir. Vivant seule avec ses deux chats dans son joli petit pavillon, elle était toujours à l’affût du moindre son. Martin, son ex-mari lui avait toujours dit de se méfier, de rester prudente et même après leur divorce elle avait gardé certains des réflexes qu’il lui avait inculqués ! Martin… En pensant à lui, Adèle a toujours le cœur qui se serre, elle l’aimait tellement. Honteuse de sa décision, prise peut-être trop hâtivement, d’avoir demandé le divorce, elle se l’avoue aujourd’hui, elle l’aime toujours ! Elle le savait un policier redoutable, son esprit de compétitivité à vouloir être le meilleur tout le temps et son endurance face aux enquêtes à résoudre ! Au début elle comprenait, supportait ses longues heures d’absence, puis un jour n’y tenant plus, elle avait claqué la porte ! Elle avait quitté une vie de solitude pour finalement s’isoler davantage dans ce petit pavillon de banlieue. Son emploi de secrétaire médical lui convenait, elle avait ce contact facile avec la clientèle. Plutôt joviale, elle s’appliquait à s’intéresser aux patients et à leurs petits tracas. Mais finalement qui s’intéressait à elle ? Qui prenait soin d’elle ?

Elle n’avait pas cherché un autre homme, ne s’était pas résignée à tourner la page comme elle l’aurait pensé facile de le faire. Une ou deux histoires sans lendemain lui avait fait comprendre que finalement son cœur ne battait que pour un seul, celui qu’elle avait quitté ! Etrangement ils étaient restés en contact l’un l’autre, se donnant quelques nouvelles à l’occasion. Prévenante et soucieuse des dates, elle ne manquait jamais une année pour lui souhaiter son anniversaire. Martin faisait de même. Adèle se fit la réflexion que même divorcés, ils entretenaient une relation que ni lui ni elle n’avait cherché à rompre. Peut-être le fait de savoir que l’un veillait sur l’autre et vice-versa même à distance, était rassurant pour lui comme pour elle. Et maintenant que Martin était retraité, peut-être pourraient-ils se retrouver, passer du temps l’un avec l’autre ? Mais pour cela il allait falloir qu’elle sorte de ce coupe-gorge vivante ! Les larmes coulent sur ses jouent, et le sommeil l’emporte. Adèle s’endort sur cette couche poussiéreuse en pensant à Martin, son seul espoir !

Adèle se réveille en sursaut entendant l’agitation autour d’elle et découvre avec effroi qu’elle est pieds et poings liés. S’obligeant à garder les yeux fermés, elle écoute les deux individus qui s’affairent. C’est comme cela qu’elle a compris à qui elle avait à faire et entendu ce qui se tramait contre Martin. Visiblement, les complices s’étaient retournés contre leur leader, le dénommé : Carl Ritcher.  Responsable de l’attaque de la place Vendôme en 2006 et du casse des grandes bijouteries comme Cartier. Il avait été arrêté mais le butin, jamais retrouvé. Si elle avait bien compris, les deux compères avaient été lésés et n’attendaient qu’une chose, mettre la main sur le gain et se débarrasser de Carl. Le tout en faisant porter le chapeau à Martin, l’ex-flic qui l’avait fait mettre sous les verrous.

« -Tu es prêt, c’est bon ? Nous allons la mettre dans le fourgon, pas question que cette garce n’essaie encore de nous échapper ! Nous prendrons la direction du bois de la grande plage de la côte sauvage. Là nous allons lui régler son compte. Ensuite nous filerons récupérer le pactole avec les coordonnées GPS. »

Adèle étouffe un sanglot, ainsi jetée dans le fourgon, son corps se crispe et se raidit. Elle a perdu ses vingt ans depuis bien longtemps pour encaisser un tel rudoiement. Elle se sait finie, mais dans sa tête, elle ne cesse d’implorer Martin à l’aide.

Arrivé sur le sentier de la plage, le véhicule ralentit et se stationne. Adèle se laisse attraper. Elle n’a pas le choix de toute façon, le plus costaud des deux la dépose au sol et la fait asseoir. Il s’accroupit devant elle, et comme pour s’excuser du geste à venir, lui parle comme une enfant.

« -Tu ne nous laisses pas le choix, on doit te faire taire, tu comprends n’est-ce pas ?! »

Ensuite, il abaisse son arme. Résignée, Adèle ferme les yeux ! Mais au même moment c’est une autre déflagration qui déchire l’air, et l’homme s’écroule sur elle. Puis une autre balle siffle et le deuxième individu tombe à son tour. Adèle n’y croit pas, une voiture de la police est là et Martin en descend. Il court la rejoindre et la serre dans ses bras. Silencieusement elle pleure contre lui ! Il la réconforte et lui explique qu’ils ont réussi à localiser l’appel quand elle l’a contacté et que rapidement ils ont pu les suivre et arriver à temps. C’est comme si la vie leur offrait une deuxième chance, qu’Adèle n’a pas l’intention de laisser passer. Elle lève ses yeux embués et embrasse Martin.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Entretien sur terre

17 December 2020

Meurtre en bord de mer I

5 January 2021